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Deep Purple
ImageLes paroles de cette chanson racontent
l’histoire de l’enregistrement de Machine Head.
Deep Purple avaient prévu d’enregistrer cet album au Casino de Montreux.

Début décembre 1971, Deep Purple avait pris ses quartiers à Montreux afin d’enregistrer un album avec le studio d’enregistrement mobile qu’ils avaient loué aux Rolling Stones. Ceci dans une des salles du Casino (« The Gambling House » dans les paroles de la chanson fait référence aux salles de jeux dans ce même bâtiment. Le fameux Mountain Studios n’existait pas encore à cette époque).

Au même moment, un concert de Frank Zappa et les Mothers of Invention eut lieu dans la salle « le Sablier » au Casino le 4 décembre 1971.
Pendant ce concert un idiot a tiré une fusée dans le plafond et le bâtiment fut complètement détruit. A l’extérieur une foule serrée, figée par la stupeur et le froid regardait les flammes sortant des fenêtres et du toit.


Un peu plus loin, dans un pré boueux, deux roadies courraient vers le long camion de 10 mètres, fermé à clé, et cherchaient un moyen d’ouvrir la portière. C’est avec une pierre qu’ils fracassèrent le pare brise, entrèrent dans la cabine et réussirent à faire rouler le lourd véhicule jusqu’au bord du lac le mettant ainsi à l’abri des flammes. (Le casino est situé au bord du lac Léman). Quelques heures plus tard, quand les gigantesques flammes se calmèrent et que la foule se disperça, le casino de Montreux était réduit en cendres dans lesquelles se trouvaient les 48000 $ d’instruments et d’amplis que Frank Zappa et les Mothers avaient utilisés pour leur concert quelques heures auparavant.

Ce concert de Zappa a donné l’un des enregistrements pirates les plus géniaux de toute l’histoire rock intitulé "Swiss Cheese" et "Fire".

Les musiciens de Deep Purple étaient dans la salle pendant l’incendie.
Et un peu plus tard, dans leur hôtel à proximité, ils se demandaient comment ils allaient maintenant enregistrer « Machine Head » (Warner Bros. Records). Le jour suivant, Roger Glover le bassiste, Jon Lord le clavietiste, Ian Paice le batteur, Ritchie Blackmore le guitariste et le chanteur Ian Gillan ratissèrent la ville afin de trouver une salle qu’ils auraient converti en studio d’enregistrement. Après s’être fait éjecté du Pavillon (en face du Montreux Palace) par la police parcequ’ils faisaient trop de raffut, ils ont décliné l’offre d’un abri atomique, d’une cave à vin qui contenait pendant un temps des trésors de guerre, et d’un château dans les montagnes ils ont finalement trouvé un luxueux - mais vide - Grand Hotel. Celui-ci n’avait pas seulement des corridors spacieux qui pouvaient accueillir tout le groupe et leur matériel mais également des escaliers en spirales qui faisaient effets de chambre d’echo.

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Deep Purple à Montreux en 1971 lors de l'enregistrement de l'album

L’enregistrement débuta en décembre 1971 avec le studio mobile des Rolling Stones qui est mentionné dans les paroles. « Nous étions venus pour enregistrer au Casino de Montreux mais, comme vous le savez, il a brûlé » se confiait le grand et costaud Jon Lord en prenant place dans un volumineux fauteuil dans sa chambre d’hôtel à Londres. « Nos roadies avaient décidé, le matin même, de ne pas entreposer notre équipement au Casino. Quelle chance inouie sinon nous aurions tout perdu. Comme Frank Zappa. Je crois qu’il lui restait qu’une cloche toute fondue ! Puis nous avons cherché dans toute la ville de Montreux un endroit pour enregistrer et finalement c’est dans un hôtel vide pendant tout l’hiver sauf pour une vieille dame sourde que nous avons trouvé refuge». Quelques matelas : « Nous avons bouclé le corridor, amené des matelas et construit un petit studio » il se rappelle tout en jouant avec sa moustache. « C’était tellement facile et relaxant parce que nous pouvions enregistrer quand nous voulions. Aucun souci d’horaire comme lorsque l’on enregistre dans un studio. Cela apporta à l’enregistrement une émotion spontanée et une continuité que l’on ne retrouve sur aucun autre de nos disques. Cela reflète beaucoup plus ce que nous sommes vraiment et nos trois premiers disques étaient les moins représentatifs, par rapport au son sur scène, que j’ai jamais entendu. L’album réuni les meilleures passages de « In Rock » et « Fireball » notre dernier album (les deux chez Warner Bros Records). Il est excitant et musicalement très valable. Le plus important c’est qu’il a été fait en 3 semaines au lieu des habituels 6 mois ».
Les flammes qui ont réduit le Casino de Montreux en cendres sont tellement présentes dans le cinquième morceau « Smoke on the Water » de l’album « Machine Head ». Les notes rythmiques aigues de la guitare de Ritchie Blackmore lèchent comme des flammes le début du morceau puis s’envolent tandis que le son rauque de l’orgue de Jon Lord et le roulement de la basse de Ian Paice nourrissent le foyer déjà en pleine ébulition. Puis la tendre voix grillée de Ian Gillan adouci l’histoire de l’incendie de Montreux dans un brazier rock’n roll :

ImageWe all came out to Montreux - Nous sommes tous venus à Montreux
On the Lake Geneva shoreline – Au bord du Lac Léman
To make records with a mobile, - Pour y enregistrer un disque avec un camion
We didn’t have much time. – Nous n’avions pas beaucoup de temps
Frank Zappa and the Mothers – Frank Zappa et les Mothers
Were at the best place around – Etaient au meilleur endroit à la ronde
Some stupid with a flare gun – Un imbécile avec une fusée
Burned the place to the ground. – A complètement incendié l’endroit


Mais pendant que les quatre membres de Deep Purple travaillaient dans un corridor d’hôtel encombré, encerclé par des matelas usagés, des portes habits faisant office de cloisons, le feu n’était pas l’élément primordial utilisé pour donner à « Machine Head » cet effet de choc. Le rythme - brutal, trépidant, rythme primitif – fut le tissu brut qu’ils utilisèrent pour construire chaque morceau que ce soit dans « Smoke on the Water » ou le martellement d’un moteur de formule un dans la chanson « Highway Star ».

L’heure d’un certain intérêt :
De retour dans son hôtel londonien, Jon Lord parle d’un autre groupe qui se base beaucoup sur le rythme. « En fait, je pensais que le dernier album de Grand Funk n’était pas mal du tout » dit-il en se penchant en avant, ses longs cheveux cachant son visage. « Vous prenez un terrible risque dans ce business et vous attirez la colère de certaines personnes. Ce mot horrible « promotion » est jeté contre vous. J’étais en route pendant 7 ans et cela a été vraiment dur. Depuis les débuts de Deep Purple, nous n'avons jamais eu la promotion de nos disques afin de les faire entrer au Hit parade. En fait, notre premier album à avoir du succès, qui est l’album « In Rock », est survenu deux ans après la formation du groupe, ce qui ne ressemble guère à de la promo Mais King Crimson et ELP (Emerson, Lake et Palmer) ont eu le même traitement. Mais qu’est-ce qu’ils veulent ? » Jon sourit. « Veulent ils que nous crevions et que nous fassions des aller-retour sur l’autoroute M1 dans une camionnette pourrie pendant encore 10 ans ? Nous avons payé ce que nous devions et maintenant nous aimerions un peu d’intérêts sur ces dûs ». « Dans le cas de « Machine Head » l’addition était un peu plus gratinée que d’habitude. Elle incluait la location de 3 semaines du camion d’enregistrement mobile des Rolling Stones, le prix de quelques douzaines de matelas usagés, la perte de 48’000$ d’équipements appartenant à Frank Zappa et la destruction d’un grand, chic, élégant et hautement inflammable Casino ! »

Qui est « Funky Claude » ?
Funky Claude décrit dans les paroles c’est Claude Nobs. C’est le fondateur du Montreux Jazz Festival à Montreux en 1968 et c’est un personnage très important dans le monde musical. Comme spécifié dans les paroles, il a aidé plusieurs spectateurs à sortir du Casino pendant l’incendie. C’est aussi l’homme qui leur a trouvé le Grand Hôtel. Une de ses photos est sur la fourre du disque original.

« Casses-toi une jambe Frank !! »
A vrai dire ce fut une mauvaise période pour Frank Zappa qui d’abord a tout perdu dans l’incendie de Montreux puis deux jours plus tard, quand il joua à Londres, un fan le tira de la scène et Zappa s’est brisé la jambe en tombant dans la fosse d’orchestre. Ian Gillan fit ce bref commentaire : « Break a leg Frank ! (casses-toi la jambe Frank)». à la fin du morceau « Smoke on the Water » suite au concert enregistré pour la BBC en mars 1972 et disponible sur l’excellent double album chez EMI « Deep Purple in Concert » : La chanson fut crée plus ou moins spontanément : Roger Glover avait l’image de la fumée qui se dispersait sur le lac Léman fixée dans sa tête et la phrase « Smoke on the Water » (fumée sur l’eau) collait parfaitement. Il a suggéré à Ian Gillan qu’ils devraient utiliser ce titre pour une chanson mais Ian l’a écarté en disant que les gens risquaient de comprendre qu’il s’agit de drogue. Puis Ritchie à surgit avec ce riff notoire qui est devenu si connu que les choses sont entrées en place.

Image Voici l’histoire à propos des paroles et du titre selon les propres mots de Roger Glover :

La seule déviation avec l’histoire qu’a apporté Ian Gillan c’est que les paroles ont été écrites sur une serviette en papier pendant que le feu brûlait. En fait c’est venu comme une sorte de rêve un ou deux jours après l’incendie. J’étais seul dans mon lit (à l’hôtel Eurotel et non à l’Eden comme Ian Gillan persiste - bien que « Eden » sonne mieux que « Eurotel » – pendant ce moment mystique, entre le profond sommeil et le réveil, quand j’ai entendu ma propre voix dire ces mots à haute voix. Je me suis réveillé et me suis demandé si j’avais vraiment dit ces mots à haute voix et j’en ai conclu que je l’avais dit. J’ai donc médité là dessus et j’ai réalisé que c’était un titre potentiel pour une chanson. « C’est comme ça que je l’ai expliqué plus tard à Ian Gillan mais nous avons tous les deux conclu que ça sonnait plutôt comme une chanson de drogués et elle a été vite classée dans notre tiroir « chansons-drogues – à ne pas utiliser ». (Nous étions de braves garçons propres !!). Seulement, plus tard, il s'est avéré que ce morceau est devenu comme un véhicule pour raconter l’histoire de cet incendie. Même maintenant, je n'ai aucune idée d'où il est venu mais il est difficile de ne pas commencer à croire en de la providence divine quand on considère l'histoire de cette chanson. « Tout que je sais c’est que j'ai toujours écouté mes pensées depuis."
Roger Glover, mardi 20 août 1996 21.35

Deep Purple n’ont, semble-t-il, pas remarqué que cette chanson avait un tel potentiel car ils ne l’ont pratiquement jamais jouée en public au début des années 1972 et le titre « Never Before » fut choisi comme le premier single de l’album. (Et une version de « Lazy » a été choisie pour les Etats Unis).
Ce n’est pas avant 1973 lorsqu’un single sorti aux USA contenant deux versions de « Smoke on the Water » l’une en version studio et l’autre, sur la face B, de «Made in Japan » que ce morceau est devenu mythique et aida Deep Purple à se hisser au sommet parmi les artistes vendant le plus de disques.