
Du 4 au 19 juillet 2008, la 42ème édition de ce Festival - qui durait à peine trois jours l’année de sa création, en 1967 et qui à l’époque était dédié exclusivement au Jazz - est devenu un gigantesque spectacle international. Pendant 16 jour, les oreilles sont à la fête avec des musiciens du monde entier, nouveaux venus ou artistes de légende. Il y a bien longtemps que le Jazz n’est plus seul à l’honneur. Toutes les tendances musicales sont représentées et assurent une grande diversité.
Comme chaque année, le Miles Davis Hall et l’Auditorium Stravinski ont accueilli des stars, et plus de 300 concerts gratuits d’artistes de toutes disciplines ont été organisés quotidiennement sur plusieurs scènes, à partir de midi et jusque tard dans la nuit. Le «Festival Off» comprend également des croisières musicales très appréciées (Samba, Salsa, Gospel et Dance) qui entraînent les visiteurs à faire la fête sur le lac.
Cela commence très fort au Stravinski Hall avec une artiste talentueuse et complète, l’inclassable Erykah Badu qui a révolutionné le Hip-Hop dès la sortie de son premier album, Baduizm en 1997. Claude Nobs a rappelé qu'Erykah Badu avait été la dernière artiste à se produire au Casino en 2000, tandis qu'elle ouvre le Festival en 2008. Suivront sur scène N.E.R.D., groupe formé des deux prolifiques producteurs Chad Hugo et Pharrell Williams, auxquels vient s’ajouter Shay. Ils se lancent dans un nouveau projet mêlant Hip-Hop et live Funk-Rock. Un alter ego sans compromis qui ne suit aucune règle et n’adhère à aucun programme.
Le lendemain, dans la salle Stravinski, c'est une des Rockeuse les plus populaires des années 90’, Sheryl Crow, qui revient à Montreux, 12 ans après son dernier concert. Elle partage la soirée avec Joe Jackson qui, malgré son image de rocker new-wave soigné, ne s’est jamais autorisé à s’enfermer dans un genre musical. Il fut accompagné par Graham Maby à la basse et Derek Houghton à la batterie. Dans la salle du Miles Davis, ce ne sont pas moins de 9 groupes de Reggae qui se succèdent sur scène, dont Michael Rose and the Dubline Band, Chezidek, Prince Alla, Earl 16, Sylford Walker etc. Surprise au Stravinski avec la chanteuse canadienne k.d. lang et Joan Baez, fidèle à elle même et qui revient à Montreux après plusieurs années. Petite surprise avec l’apparition de 6 musiciens ghanéens et leurs instruments traditionnels sur la scène du Strav, après le concert de Joan Baez : Claude Nobs les avait repéré dans la rue et tout simplement embarqués sur scène, à la plus grande joie des spectateurs présents ! Le lendemain, place au Blues avec Otis Taylor, Buddy Guy, Gary Moore et John Mayall et ses Bluesbreakers.
Leonard Cohen, 73 ans, le poète à la guitare, auteur de "Suzanne", n’était plus apparu sur scène depuis 15 ans. Star de l’édition 2008 du Montreux Jazz Festival, il a conquis tout le public présent, tandis que le groupe de ska anglais Madness offrait au nombreux public du Miles Davis un show décoiffant. Le 9 juillet, c'est le magnifique Paul Simon qui, coiffé d'un borsalino, s'excuse du retard par un salut bouddhiste, empoigne sa guitare et démarre son set devant une salle comble et conquise d'avance à l'écoute de Mrs Robinson ou Slip Slidin'Away, par exemple. Le 10 juillet, c'est les écossais Travis et le lendemain Roberta Flack qui fait partie de l’Histoire, de la musique comme celle de Montreux. Son premier concert au Festival remonte en 1968 et a marqué le début d’une carrière formidable. Elle reviendra à Montreux en 1970, pour la Rose d'Or, puis en 1971, partageant l’affiche avec une autre grande voix : Aretha Franklin. L’un des saxophonistes Pop et R&B les plus influents des 20 dernières années revient à Montreux. Il 'agit de David Sanborn, qui a collaboré avec Paul Butterfield, Gil Evans, Stevie Wonder, David Bowie ou les Brecker Brothers, mais également joué avec les plus grands du Blues (comme Albert King). La nuit se termine avec Tower of Power groupe de Jazz-Funk américain mythique, composé de redoutables requins de studio, dont une des meilleures sections de cuivres au monde. Toujours présents après 40 ans et toujours aussi contemporains, ils mélangent le Jazz, le Funk, le Rock et la Soul d’une manière unique. Sting a même déclaré avoir fait partie d’un « clone » de Tower of Power avant de former The Police. Relevons la présence de Richard Galliano au Miles Davis. Galliano est simplement le plus grand accordéoniste de Jazz actuel au niveau mondial. Le 13 juillet, Herbie Hancock monument du clavier Jazz, débarque avec des musiciens de choix comme Dave Holland, Lionel Loueke et Chris Potter, Chaka Khan partage l'affiche avec Rahsaan Patterson et Ledisi, artiste américaine de Soul et R&B originaire de Nouvelle Orléans, qui débute en musique à l'âge de 8 ans, tandis qu'au Miles, c'est le Brésil qui est à l’honneur avec Joao Bosco et le poête Milton Nascimento et le trio Jobim. Le lendemain est une soirée événement. Le Festival avait programmé un concert de gala pour les 75 ans du producteur américain de génie Quincy Jones. Plus de 20 artistes de renom ont chanté des titres composés ou arrangés par le musicien/producteur : Billy Cobham, Herbie Hancock, Al Jarreau, Petula Clark, Angélique Kidjo, James Moody, Naturally 7, Lee Ritenour, Joe Sample, Larry Williams ou encore Nana Mouskouri étaient de la partie. Seuls 2’800 chanceux ont pu assister à cette soirée exceptionnelle que Claude Nobs avait préparée depuis des mois.
Dans l'autre salle, le Miles Davis, c'est le Hard Rock pur avec le groupe écossais Nazareth qui fête ses 40 ans d'existence et Saxon, formé en 1977 en Angleterre. Le 16 juillet, c'est les Crusaders à l'Auditorium Stravinski, emmenés par le pianiste Joe Sample. Leurs premiers albums datent des années 60. Durant toute la décennie, le groupe était une attraction populaire, mixant au R&B des éléments de Soul Memphis et des sonorités hard bop. Nils Landgren, l’homme au trombone rouge, auteur d’un nombre d’albums à succès, partageait la scène avec les Crusaders, puis offrit une solide performance de musique Funk avec ses musiciens de la "Funk Unit". La soirée s'est achevée avec Mick Hucknall, l’illustre chanteur de Simply Red, qui se lance dans un projet solo. Ce concert fut un hommage à Bobby ‘Blue’ Bland « Il est l’un des vocalistes qui a influencé mon style musical bien avant que je ne devienne un esclave du succès ». Hucknall reprend avec talent ses chansons, principalement du Blues, qu’il interprète à sa manière. Pendant ce temps les anglais de Babyshambles, groupe de Rock chaotique et poétique fondé en 2003 par Pete Doherty, ancien membre des Libertines, font salle comble au Miles Davis. Lenny Kravitz, c'était le 16 juillet. Auteur interprète d’envergure mondiale, ses inspirations Rock, Soul, Funk, Reggae ou Folk, influencé par Prince, Bob Marley ou Jimi Hendrix, lui ont permis de vendre plus de 30 millions d’albums. Alicia Keys le lendemain, gagnante de neuf Grammy Awards, était de retour à Montreux pour un concert de 90 minutes, mélangeant anciennes chansons et des titres de son 3ème album : As I Am. Elle avait déjà séduit l’audience de l’Auditorium Stavinski avec sa voix de diva Soul et son talent musical incontestable lors de son concert mémorable en 2004. Le 18 juillet, c'est Marcus Miller, qui depuis plus de 30 ans, au fil de sa carrière, est devenu un musicien de référence. Il se distingue par une grande habileté dans des techniques complexes comme le Slap et le Tapping, et remet au gout du jour la basse frettée délaissée par des bassistes comme Jaco Pastorius. Miller a collaboré à plus de 500 albums, enregistrant avec des artistes tels que Sinatra, Elton John, Jean Michel Jarre, Bryan Ferry, Bee Gees, etc. C’est sa collaboration avec Miles Davis, entre 1980 et 1990, qui lui a valu la notoriété, pour son style incisif et sa virtuosité. « Miles est à mon avis le plus grand musicien de notre époque parce qu’il parvenait à combiner l’art et la Soul. Quel que soit le degré d’exigence artistique de ses musiques, le public restait branché. Il pouvait aller vers l’abstrait sans perdre la dimension humaine. » Marcus Miller aura une influence non négligeable sur l’univers du célèbre trompettiste à cette époque, puisqu’il tiendra le rôle de directeur musical de son groupe.
Le 18 juillet, c'est le come-back événementiel des pionniers du Jazz Fusion : Return to Forever. Vingt quatre ans après leur séparation le quatuor américain formé des géniaux Chick Corea, Stanley Clarke, Al DiMeola et Lenny White ont fait escale au Stravinski. Et comme pour clore en beauté cette 42ème édition, la venue de Deep Purple, vraie institution de la communauté du hard Rock Britannique, né à Hertford, Angleterre, en 1968. Mondialement connu, le morceau « Smoke on the Water » composé suite à l’incendie qui a ravagé le casino de Montreux lors d’un concert de Frank Zappa, en 1971, donne au groupe son statut mythique dans l’histoire du Rock. Steve Morse (ancien de Dixie Dregs) remplace Richie Blackmore depuis de nombreuses années.
Cette édition a clôturé avec des chiffres positifs et plus de 87'000 billets vendus et l'une des plus belles fréquentations de l'histoire. Plus de 330 groupes se sont produits sur les différentes scènes, dont 209 sur les scènes gratuites, laissant ainsi les visiteurs profiter pleinement de tous les espaces du Festival.