
C’est au Miles Davis Hall, le vendredi 6 juillet que Claude Nobs a donné rendez-vous aux mélomanes qui ont découvert, sans nul doute, deux des musiciens sénégalais les plus connus du globe. Deux rois sur une même scène, Ismael Lô pour le folk sénégalais et Youssou Ndour pour le Mbalakh. Cela change complètement de style le lendemain au Stravinski ! Après 15 ans de séparation, quatre musiciens (Dio, Iommi, Butler, Appice) du mythique groupe de hard-rock Black Sabbath se réunissent pour une tournée mondiale avec quelques nouveaux enregistrements en main. Leur nom ? Heaven and Hell. Après avoir fait vrombir les ventricules de leurs fans c’est au tour de Motörhead. Un des plus grands groupes de heavy metal depuis les années 70, créateurs du thrash métal. Tatouages et cheveux longs, scénographie gothique, fumées et flammes qui jaillissent de la scène, riffs énervés. Loin de l’ambiance feutrée des clubs de jazz, Motörhead a fait trembler le Stravinski.
Dimanche c’est John Legend, chanteur de R&B qui a réussi a gagner 3 Grammy Awards dont celui du meilleur nouvel artiste et du meilleur album de R&B qui monte sur scène. Deux virtuoses : Gary Burton et Chick Corea. Gary Burton est sans aucun doute un des deux grands joueurs de vibraphone à émerger dans les années 60 (avec Bobby Hutcherson). Sa technique à 4 maillets fait parfois croire que 2 ou 3 personnes jouent en même temps. Chick Corea connaît une grande carrière de jazzman depuis les années 60 déjà et a joué avec les plus grands dont Miles Davis. Pendant ce temps au Stravinski c’est Placebo groupe de rock alternatif qui n’arrête pas de faire parler de lui depuis ses début en 1996. Cinq albums et plusieurs tournées mondiales Placebo continue à garder sa place parmi les meilleurs groupes du moment. Les Beastie Boys “Rappeurs Old School” originaires de New York avec leur mélange de genres allant du punk-rock au funk, mais toujours profondément basé dans le rap ont fait vibrer la salle.
Brad Mehldau le pianiste et Pat Metheny le guitariste ont mis leurs talents en commun le 11 juillet au Miles Davis Hall. Rien qu'avec son Pat Metheny Group, fondé en 1977 avec le pianiste Lyle Mays, il a enregistré treize disques! Et on ne compte pas les duos, les trios ou les autres collaborations avec des pointures telles que Jaco Pastorius, Gary Burton, Chick Corea ou Herbie Hancock. Le 12 juillet c’est George Benson qui est simplement un des meilleurs guitaristes de jazz de l’histoire. Il arrive à jouer presque tous les styles – jazz, R&B, swing – avec une virtuosité incroyable. Al Jarreau et Tori Amos font partie de la soirée ainsi qu’un groupe de rock contemporain originaire des Etats-Unis, Wilco. Le lendemain c’est Living Color. Groupe des quartiers pauvres de New York, mais l’événement c’est le vendredi 13 : Sly and The Family Stone. Groupe américain pratiquant un mélange de funk, soul et rock psychédélique. Actif entre 1965 et 1975 le groupe a eu une influence considérable sur de très nombreux artistes pop de son époque, notamment de par son approche multiraciale, dans une Amérique où musiques blanches et noires étaient encore très cloisonnées. Attendu comme le Messie, Sly Stone a offert vingt-cinq minutes de concert. Presque un record compte tenu de son état de santé. Décati par des décennies opiacées, Sly tente de sauver les apparences, mais on sent bien qu'il ne peut en faire plus. Claude Nobs est du même avis: «Les musiciens ont assuré. En Italie, le jour d'avant, il n'avait fait qu'une chanson, là il en a fait cinq. Je trouve que sa voix est restée la même. Par contre, le corps ne suit plus, c'est évident.». Place au Brésil le 14 avec notamment Alceu Valença. Le 15 juillet Jeff Beck. Incontournable guitariste britannique ayant marqué une époque, Jeff Beck entame sa carrière aux côtés de légendes telles que Jimmy Page, Rod Steward ou encore Carmine Appice. Pionnier de la distorsion, gagnant de 4 Grammys pour meilleure performance instrumentale rock, ce musicien aux tendances solitaires confirma sa place dans l’histoire du rock de par son talent et sa facilité à combiner heavy metal et jazz fusion en un clin d’œil. N’oublions pas Vinnie Colaiuta ce même soir. Batteur extraordinaire pendant longtemps musicien de Frank Zappa. Le 16 juillet le kid de Minneapolis Prince a galvanisé 4500 fans. Concert surprise annoncé il y a moins d’une semaine les billets se sont arrachés en moins d’une heure. L'artiste a présenté un concert tellurique, efficace et inspiré, confirmant sa réputation de musicien et de showman. Le concert a commencé vers 21h45, avec 45 minutes de retard. Après une demi-heure aux rythmes jazzy, l'ambiance est devenue survoltée, nettement plus funk. Prince a malheureusement refusé toute prise de vue et enregistrement de sa prestation. Surprise de taille, vers 3h, Prince est réapparu au Montreux Jazz Café, où ses musiciens se produisaient, le temps de deux chansons. Les photographes n'ont, bien entendu, pas manqué l'occasion. Le 17 juillet, la fille du célèbre joueur de sitar Ravi Shankar, Norah Jones, envoûte l’Auditorium Stravinsky.
Le lendemain c’est Van Morrison et Candy Dulfer qui enflamment la salle tandis que le Miles Davis accueille un des plus grands groupes de rap américain du milieu des années ’90. Originaire de New York c’est Wu-Tang Clan. B-52’s est un groupe de rock/pop américain apparu dans la vague de la musique New Wave au début des années 80 et ils n’auront aucune peine à amadouer le public nombreux. Les Pet Shop Boys, Booker T & the MG’s ou encore Dr. John ou Solomon Burke se succèdent et la dernière soirée se terminera avec Seal, Jimmy Cliff et Candy Dulfer. Sans oublier la scène extérieure « Under the Sky » avec ses nombreux groupes. Un petit clin d’œil particulier à l’excellent coverband de Queen « Dios Salve a la Reina » d’Argentine jouant le 21 juillet, dernière soirée du Festival, sous une pluie continuelle ce qui n’a pas empêché ses nombreux fans d’êtres présents.